Malgré le titre, cet article ne tournera pas au mélodrame, je voudrais juste vous conter ce sentiment amer de n'être pas du tout à sa place, d'être une sorte de petit parasite qui cherche à survivre dans un environnement qui n'aurait jamais du l'accueillir.
Je savais que l'arrivée au Caire ne serait pas de tout repos, je m'étais fixé un objectif : atteindre l'hôtel! Ensuite... inch allah! Atteindre l'hôtel, oui, ça tenait un peu du challenge en cette terre inconnue réputée pour ses habitants particulièrement doués pour l'embobinage de touristes paumés.
Mon petit sac jaune fluo sur le dos et mon air d'ado attardée en bandoulière, je sors donc de l'avion puis je cherche à changer quelques euros pour payer le taxi avant de récupérer mes bagages (40kg évidemment...). Une Dame, repérée dans l'avion et relayée immédiatement par mes petits neurones dans la catégorie "vieille-belle-prétentieuse-et-arriviste", me regarde pleine de pitié et ajoute pour me mettre à l'aise "Je vais te donner mon numéro, ce sont tous des voleurs, avec ton petit air tu vas te faire avoir c'est sûr. Je bosse ici, j'ai un avocat"... "euh ben euh... merci madame..." et la Dame d'ajouter "ne tombe surtout pas amoureuse d'un égyptien, tous des menteurs... excuse moi je dois y aller c'est mon petit ami qui m'appelle, je vais le larguer"... je ne m'étais donc pas trompée... Après la rencontre de Brigitte, je cherche désespérément le taxi envoyé par Horus (pour ceux qui n'ont rien suivi, Horus c'est le nom de l'hôtel, je n'hallucine pas totalement encore, je n'attendais pas une apparition divine). Après avoir interrogé plusieurs chauffeurs de taxi tendant désespérément leurs pancartes aux noms de leur futurs passagers, je me résous à choisir un taxi parmi ceux qui se trouvent là, attendant avec impatience de prendre dans leurs griffes les malheureux voyageurs hagards et exténués après plusieurs heures d'avion.
Montée dans le taxi... je me sens presque sauvée... je sais que je devrais négocier la course en arrivant, je sais que je n'en aurais pas du tout l'envie ou même la patience... il est 23h, j'ai passé cinq heures dans l'avion... je veux seulement un lit... Mais un taxi au Caire n'est pas un taxi parisien, il a bien plus de fougue, malgré ses boulons qui sautent, ses poignées de portes déglinguées, sa carrosserie cabossée, le bolide se lance dans un slalom des plus impressionnant! Une seule devise "ne jamais s'arrêter", pour cela possibilité de tenter de faire dégager les autres caisses pourries à grands coups de klaxon ou choisir de doubler par la droite ou la gauche... et peu importe si le marquage indique trois voies, on roule très facilement à six de front... Et le passager ne pouvant même pas s'agripper à sa ceinture de sécurité, inexistante, regarde avec une certaine appréhension les rétros qui se frôlent les ongles enfoncés dans le siège et s'efforce d'avoir l'air décidé et sûr de lui de l'habitué auquel on ne la fait pas... seul moyen d'avoir une petite chance de ne pas payer la course trois fois son prix. Finalement, j'atteins après une heure d'anxiété mon hôtel...j'apprendrais bientôt que je dois tout de même payer la course du chauffeur de l'hotel qui m'a lâchement abandonnée , « ah … je me disais aussi que je m'en sortais bien... »
Le concierge me mène au quatrième étage en soupirant fatigué de l'exploit physique que je lui impose : monter dans un ascenseur...
J'ai enfin une chambre... je veux juste m'y enfermer et ne plus voir personne... juste rester là et survivre en mangeant des biscuits... et puis, j'ai une télé, j'ai France 2... pour la première fois de ma vie, je préfère largement France 2 à toute autre activité...
Je loupe le déjeuner le lendemain, incapable de me sortir de mon lit, et trouve tout de même la force de chercher le DEAC en espérant y trouver un peu de soutien … après une longue explication au chauffeur de taxi qui ne comprend pas un mot d'anglais, il me dépose, près du DEAC... mais pas exactement devant... après avoir interrogé trois ou quatre policiers et autres concierges, je me trouve devant le consulat, mais pas de trace du DEAC... je reste plantée devant la porte du consulat indécise, une voix sort tout à coup de l'interphone sans même que j'ai esquissé un geste dans sa direction! "Le DEAC est juste de l'autre côté du batiment", sauvée par big brother! Aucune idée de la façon dont il a su que j'étais devant la porte, le Caire ne vous laisse jamais vous perdre tranquilement...
J'atteins le DEAC, couverte de sueur et épuisée, je pense trouver un asile, un secours... après avoir suivi des flèches dans des couloirs vide, je n'ai le droit qu'à « vous êtes la première! Donnez moi votre numéro quand vous aurez un numéro égyptien au cas ou d'autres cherchent une coloc... voilà l'adresse d'un agent immobilier »... je ne fais confiance aux agents immobilier... merci pour le tuyau... « au revoir... » …
Je rentre et trouve la connexion internet, résolue à passer un moment entre internet et france2, une furieuse envie de repartir dans l'autre sens pour juste me délecter d'une journée totalement ennuyeuse à attendre le retour de mes parents à l'heure des repas pour qu'ils me parlent encore et encore des mêmes problèmes, qu'ils me demandent milles fois ce qu'on pourra bien manger au repas suivant... moi je n'ai même pas envie d'aller acheter de l'eau alors je bois celle du robinet qui a un goût de javel exquis, il doit pourtant y avoir un épicier tout près mais pour y aller il faudrait que je sorte de ma chambre. Or dans un hôtel égyptien, l'amabilité veut qu'on t'adresse des salutations et qu'on demande de tes nouvelles dès que tu mets le nez dehors. C'est terriblement sympathique mais pas lorsqu'on a juste envie de se recroqueviller sur soi... Alors les écouteurs dans les oreilles, quelques photos, quelques discussions sur internet, je regarde le temps passer espérant que tout s'arrange, que je prenne goût à l'aventure...
Elsa m'a sauvée, au Caire depuis deux mois, amoureuse de la ville, elle m'emmène le soir même vivre une jolie soirée cairote à regarder les bateaux mouches locaux, leurs lumières trop agressives, leurs musiques tapageuses, ce merveilleux manque de finesse légèrement enfantin, innocent... bref, une vision très douce à mon esprit paranoïaque, voyant en cette ville un nid d'escrocs prêt à tout pour soutirer un peu d'argent au touriste inexpérimenté... Je rentre à 4h du matin, réconciliée avec le Caire, séduite par ma virée nocturne, confiante...
Je repars à la conquête du Caire pour visiter des apparts... chaque fois la même aventure, trouver un taxi, lui expliquer où je veux aller en arabe, négocier le prix, chercher partout l'immeuble, téléphoner trois fois à la coloc, découvrir un appart bien mais trop loin, une coloc adorable mais un appart pourri, un appart nickel et une mégère dedans... et après une visite rentrer exténuer à l'hôtel, prendre une douche et finir la journée affalée sur mon lit nue avec la clim à fond devant france 2 à grignoter des céréales... (pardon s'il y a des messieurs qui lisent, vous allez en rêver pendant quinze jours, je n'aurais jamais dû décrire ce spectacle ravissant...)
Et puis il y a les jolies rencontres... Parmi elles, ma coloc actuelle dont je vous reparlerai sans doute et puis surtout deux messieurs de plus de soixante qui m'ont adoptée comme leur petite-fille à l'hotel... Parlant tous les deux français, deux égyptiens ayant vécu en France et en Italie partis dans leur jeunesse à la conquête de l'Europe... Le plus jeune des deux m'a fait visiter le quartier me racontant les histoires des Eglises, des maisons, des villas, des ambassades, les tours des nonnes coptes (les chrétiens locaux), la ruine des riches familles sous Nasser et le gachis égyptien, le Caire des années 1920... puis il m'a guidée au Khan El Khalili, le repère des touristes en short. La bas, accompagnée d'un arabophone dans le souk, je me sens presqu'à ma place...
Aujourd'hui, j'ai investi mon appartement après avoir crains ne jamais pouvoir payer l'hotel. Mon chez-moi est situé dans un quartier trop loin du centre ville... mais il est plein de lumière et ici l'atmosphère est plus respirable... Bien sûr encore de mauvaise surprises, les encadrements de porte qui tombent en ruine, les fourmis dans la baignoire, la pomme de douche qui semblait si propre ne laissant s'échapper qu'un mince filer d'eau (elle doit être réparée ...), la poussière qui envahit ma chambre, les chiens errants aboyant la nuit... Mais j'ai enfin la possibilité de me faire à manger et de trainer toute la journée dans une tenue « indécente » mais tellement plus confortable...
(désolée les photos ... je ne m'en sors pas, je dois avoir un truc qui cloche... mais je ne sais pas quoi, j'ai tenté d'en ajouter, raté!)